Un peu d'Histoire

Samedi 11 octobre 2008
Espèce de triton, qui était supposé par les Anciens capable de vivre dans le feu sans y être consumé. Il fut identifié au feu, dont il était une manifestation vivante.
A l'inverse, on lui attribuait aussi le pouvoir d'éteindre le feu, par son exceptionnelle froideur.
François 1er avait mis dans ses armoiries une salamandre au milieu du feu et adopté cette devise : J'y vis et je l'éteins.
Dans l'iconographie médiévale, elle représente le Juste qui ne perd point la paix de son âme et la confiance en Dieu au milieu des tribulations.
Chateau de Fontainebleau, galerie François Ier
Par La salamandre enchainée
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Samedi 11 octobre 2008

Il s'agit d'un extrait de mon mémoire de DEA :

LE TRAITEMENT DES ALIENES EN FRANCE DANS LA SECONDE MOITIE DU XVIIIème SIECLE : des sources médicales aux maisons d’insensés : une mise en œuvre paradoxale, Mémoire de DEA Histoire, Sociétés et Cultures, 179 pages, 2002.



Simon Tissot est reçu docteur en 1749. Il doit sa notoriété à deux ouvrages : un Avis au peuple sur sa santé[1], et que l’on peut considérer comme un des premiers ouvrages de vulgarisation médicale, et surtout un traité de L’Onanisme.[2] Ce petit livre, équivalent de La Nymphomanie[3] de Bienville pour les hommes, eut un succès considérable, puisque, traduit en plusieurs langues, il connut plus de trente éditions entre 1760 et 1842. C’est en 1779 que Simon Tissot publie son Traité des nerfs et de leurs maladies[4] en six volumes. Nous nous sommes intéressé au deuxième volume de ce traité dans lequel Tissot se livre à un examen de quelques remèdes généraux employés dans le traitement des maux de nerfs. Ce livre nous permet de voir plus largement quels traitements médicaux pouvaient subir les aliénés. Tissot nous présente les remèdes en vogue dans la seconde moitié du XVIII siècle en étudiant leurs effets, en citant l’avis de plusieurs médecins sur chaque remède et en donnant un grand nombre d’exemples de malades traités par ceux-ci.

A.   Les calmants.

Nous avons choisi d’inclure dans cette catégorie de calmants la saignée, les narcotiques, les adoucissants, les antispasmodiques, les évacuants et les frictions. Avant de guérir la folie, il faut la calmer quand elle est agitée. S’il a fallu attendre les années 1950 pour que soit découverte l’action des neuroleptiques, ce serait une erreur de penser que le XVIIIème siècle n’a connu aucune pharmacopée sédative de la folie. Les écrits de l’époque mentionnent fréquemment, et sur le ton de la banalité, nombre de substances calmantes et mêmes narcotiques.

Selon Tissot la saignée est exigée dans un grand nombre de maux de nerfs. Rares sont les affections qui ont échappé à la saignée mais pourquoi saigner les fous ? Il s’agit pour les médecins de l’époque comme l’auteur, de décongestionner certains malades dont les maux de nerfs viendraient de la pléthore ou des engorgements sanguins. C’est ainsi que Tissot nous donne l’exemple d’une malade atteinte de frénésie qui voyait ses crises cesser grâce aux saignées. Mais dès la seconde moitié du XVIIIème siècle, plusieurs médecins dénoncent les abus de la saignée comme nous l’avons vu précédemment avec Pomme. Tissot, de même, affirme que « les saignées extrêmement réitérées, nuisent toujours, et prouve (…) l’incapacité du médecin, qui se vante de ces saignées comme d’actes héroïques. »[5] Comme le montre très bien l’ouvrage de Tissot, la question n’est pas de savoir s’il faut saigner mais comment saigner. C’est ainsi que le nombre des saignées, la façon et le moment de les administrer constituent autant de questions délicates dont débattent longuement les médecins dans leurs écrits.

Les narcotiques sont également utilisés dans le traitement de la folie au XVIIIème siècle et Tissot nous apprend que le calmant le plus généralement employé est l’opium. Non seulement, on voit dans l’opium le pouvoir de calmer une agitation violente, mais assez souvent, on y ajoute celui de rétablir de l’ordre dans les idées. Tissot  parle exclusivement dans son ouvrage de l’opium mais à l’époque la jusquiame et la belladone étaient également utilisées.

Les adoucissants sont également largement employés à l’époque. Tissot comprend sous ce mot « tous les remèdes qui détruisent les causes de l’irritation »[6]. C’est ainsi que sont préconisés la racine d’althea, la racine de symphitum, l’huile d’amande douce, l’eau de poulet ou de veau, les laiteux, le petit-lait, l’orgeat et le mercure doux.

Avec l’idée nouvelle de spasme, contraction provoquée par la pression du fluide nerveux dans les fibres musculaires, s’élabore, dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, toute une famille d’antispasmodiques. Tissot nous présente ainsi les fleurs de zinc, les fleurs de Cardamine et l’aimant. Il donne l’exemple d’une femme atteinte depuis dix ans de crampes à l’estomac et à qui on appliqua des aimants. Celle-ci eut alors beaucoup moins de spasmes et plus de transpiration. Néanmoins, il cite l’aimant comme un traitement encore anecdotique qui mérite de faire ses preuves.

Dans la famille des évacuants, nous trouvons les purgatifs et les émétiques. Au XVIIIème siècle, l’administration de purgatifs aux insensés est presque toujours considérée comme indispensable à leur traitement. C’est ainsi que Tissot affirme qu’il faut les utiliser « non seulement quand l’irritation dépend de matières dans les premières voies, mais aussi quand elle dépend d’un engorgement aqueux, dans les vaisseaux de la tête, qui jette dans des maux de nerfs très singuliers. »[7] Tissot nous présente alors la casse, la manne, l’huile de Palma Christi et la tisane des bois. Toutefois, donner du relâchement au ventre n’est pas le seul but des évacuants et même si Tissot n’en parle pas, Daquin,[8] que nous présenterons un peu plus loin, affirmait que lorsque les fous avaient la diarrhée, ils étaient moins furieux et leurs propos moins extravagants. Il est vrai qu’à défaut de guérir, les purgatifs et émétiques devaient occuper l’esprit du malade.

Les frictions sont un autre remède préconisé par Tissot pour calmer les malades. Pour lui, les frictions calment, endorment et « peuvent vaincre les plus grandes agitations. »[9] D’autres auteurs préconisaient, à l’inverse de Tissot, les frictions comme toniques.

B.   Les toniques et les irritants.

Les toniques sont indiqués au XVIIIème siècle lorsque les maux de nerfs viennent d’atonie ou de relâchement. Ils semblent moins employés que les calmants et cela peut-être tout simplement parce que l’urgence thérapeutique paraît moindre devant un mélancolique prostré que devant un maniaque agité qui perturbe son entourage. Tissot nous présente ainsi le kina, le fer considéré par Tissot comme « le plus puissant des toniques »[10], la cannelle, le trèfle des marais, les yeux d’écrevisse, le corail, la pierre calaminaire et l’écorce d’orange. Parmi les toniques, il nous indique également les gommes et nous présente à cet effet l’assa foetida.

Dans la première moitié du XVIIIème siècle, se développent des expériences de plus en plus nombreuses marquant la naissance de l’électricité. La vogue que connaît alors tout ce qui concerne le fluide électrique, ainsi que le goût de l’époque pour la physique expérimentale ne manquent pas de se répercuter dans le domaine médical. Ce n’est pas à la folie qu’on s’attaque tout d’abord mais plutôt aux paralysies et aux maladies convulsives. Tissot développe les diverses observations faites concernant l’action de l’électricité sur les malades et conclut qu’« il paraît (…) que les principaux effets de l’électricité sont, de donner la fièvre, d’occasionner des convulsions, de raréfier le sang, et de le porter au cerveau : quelquefois, de produire ou d’augmenter la paralysie. »[11] Mais quelques médecins vont s’intéresser également au pouvoir curatif de l’électricité sur les aliénés. C’est ainsi que Tissot nous donne l’exemple d’un médecin appelé Mauduit qui aurait guéri en 1778 grâce à l’électricité un enfant à la fois paralysé de la moitié du corps et totalement imbécile. Et Tissot d’écrire : « son plus grand usage sera dans les tempéramens lâches et peu irritables, qui ont besoin de simulans les plus forts ; elle est vraisemblablement le plus fort de tous ; et comme tels sont souvent les tempéramens de ces enfans infortunés, qui naissent ou sourds, ou bornés dans leurs facultés, et pour lesquels on n’a trouvé jusques à présent aucun secours, les secousses électriques pourraient-elles leur être de quelque utilité ? »[12] Les débuts de l’électricité dans le traitement des aliénés semblent être encore anodins à l’époque.

Les irritants sont chargés de suppléer aux évacuations qui se font difficilement et donc de provoquer une suppuration, une éruption, tantôt censée attirer les humeurs mauvaises tantôt exercer une dérivation qui contribue à donner une meilleure direction aux idées de l’aliéné. Tissot commence par affirmer que « plusieurs très habiles Médecins les ont absolument bannis »[13] mais il soutient, quant à lui, que l’on peut les utiliser lorsque la cause première de la maladie est la faiblesse. Ainsi utilise-t-il les vésicatoires*[14], la teinture spiritueuse de succin, le musc, le camphre, la poix blanche et l’onguent blanc de Rhases.

C.   Les bienfaits de l’eau et de la musique.

L’eau est quasiment toujours employée dans le traitement des aliénés et Tissot écrit que « Parmi les remèdes les plus propres à diminuer l’irritation des nerfs, et à détruire plusieurs causes de leurs maladies, on doit placer les bains, ou d’eau simple, ou d’eau thermale, et les eaux minérales. »[15]. L’eau peut avoir de multiples effets. Les bains froids sont considérés comme de puissants toniques, les bains tièdes comme des adoucissants et certaines eaux minérales comme des évacuants. Tissot nous présente les différentes façons de faire prendre des bains et les différentes sources thermales et eaux minérales ainsi que leurs effets.

En outre, l’une des originalités du livre de Tissot réside dans l’importance qu’il accorde à la musique dans le traitement de la folie. Il pense en effet, que « la musique guérit en ramenant le calme et la sérénité [et que] sans détruire la cause de la douleur, [elle] en ôte le sentiment. »[16] C’est ainsi qu’il nous donne l’exemple d’un médecin qui réussit à guérir une femme devenue folle par l’inconstance de son amant, en introduisant dans sa chambre, sans qu’elle les vît, des musiciens, qui lui jouaient trois fois par jour des airs bien appropriés à son état. On constate ainsi que dès avant les ouvrages de Daquin[17] ou de Pinel[18], certains médecins préconisaient un « traitement moral » de la folie même si ces termes ne sont apparus qu’avec l’ouvrage de Pinel en 1800.

L’ouvrage de Tissot permet dans une étude sur le traitement de la folie de découvrir de façon plus générale quels étaient alors les remèdes prescrits pour la guérison des fous et de constater que les traitements « psychologiques » étaient anecdotiques.



[1] TISSOT, Avis au peuple sur sa santé, 2 vol., Paris, P.F. Didot le jeune, 1782 ( 1er édition en 1761 ).

[2] TISSOT, L’Onanisme, dissertation sur les maladies produites par la masturbation, 1760.

[3] BIENVILLE, op. cit.

[4] TISSOT, Traité des nerfs et de leurs maladies, 6 vol., Avignon, chez Chambeau, 1800. ( première édition : 1779 ).

[5] TISSOT, Traité des nerfs et de leurs maladies, vol.2, p.290.

[6] TISSOT, op. cit., p.326.

[7] TISSOT, op. cit. p.292.

[8] DAQUIN, Philosophie de la Folie,

[9] TISSOT, op. cit., p.451.

[10] TISSOT, op. cit., p.307.

[11] TISSOT, op. cit., p.407.

[12] TISSOT, op. cit., p.410.

[13] TISSOT, op. cit., p.312.

[14] La définition des mots marqués d’un astérisque se trouve dans le lexique à la fin de ce mémoire.

[15] TISSOT, op. cit., p.359.

[16] TISSOT, op. cit., p.419.

[17] DAQUIN, op. cit.

[18] PINEL, Traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale ou La manie, Paris, chez Richard, Caille et Ravier, 1801.

Par La salamandre enchainée
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Samedi 11 octobre 2008
Il s'agit d'un extrait de mon mémoire de DEA :

LE TRAITEMENT DES ALIENES EN FRANCE DANS LA SECONDE MOITIE DU XVIIIème SIECLE : des sources médicales aux maisons d’insensés : une mise en œuvre paradoxale, Mémoire de DEA Histoire, Sociétés et Cultures, 179 pages, 2002.

 

A.   Définition et causes.

En 1778, Bienville, médecin, publie La Nymphomanie ou Traité de la fureur utérine.[1] Cet ouvrage est l’illustration parfaite de l’amalgame qu’il pouvait y avoir entre  médecine et  morale à l’époque. Qu’est-ce que la nymphomanie pour Bienville ? Il s’agit « d’un mouvement déréglé des fibres dans la partie organique de la femme. »[2] Il développe au cours de son ouvrage la définition suivante : « elle commence par un délire mélancolique, dont on trouve la cause dans le vice de la matrice ; ensuite elle se tourne en délire maniaque, qui a son principe dans le dérangement du cerveau. Quand ces deux accidents concourent ensemble, ils forment ce que nous appelons nymphomanie. »[3]

On peut résumer les symptômes de la nymphomanie par une phrase de Bienville qui nous montre à la fois quel est le véritable sujet de son livre et le rôle moral que pouvaient jouer les médecins. En effet, que font les nymphomanes ? « Elles se déshonorent sans cesse en secret par des pollutions habituelles, dont elles sont elles-mêmes les infortunées ouvrières, quand elles n’ont pas encore ouvertement franchi les barrières de la pudeur ; ou bien, quand l’impudeur commence à se mettre de la partie, elles ne craignent plus de se procurer cet affreux et détestable plaisir, par le secours d’une main étrangère. »[4]  Ce que veut donc traiter Bienville, et il n’est pas le premier, c’est la masturbation et il n’hésite d’ailleurs pas à affirmer qu’on « ne tardera point à découvrir que la véritable cause de la maladie est la masturbation. »[5] Il peut paraître curieux à un contemporain de voir aborder le problème de la masturbation dans une étude consacrée au traitement de la folie. Qu’on ne s’y trompe pas cependant : aux yeux des médecins de l’époque, la masturbation entretient avec la folie un double rapport. Elle est à la fois elle-même une sorte de folie du dérèglement sexuel et la responsable d’innombrables maux tant physiques qu’intellectuels.

Les femmes prédisposées à cette maladie sont, comme pour l’hystérie que nous avons vue précédemment avec Pomme, celles qui mènent une vie molle et sédentaire, qui abusent de la nourriture, du vin, du chocolat ou du café et qui font des veilles continuelles. Mais toutes les femmes sont susceptibles de devenir nymphomanes. En effet, « cette maladie surprend quelquefois les jeunes filles nubiles, dont le cœur (…) a parlé en faveur d’un jeune homme dont elles sont devenues (…) amoureuses, et pour la jouissance duquel elles trouvent des obstacles insurmontables. On voit aussi des filles débauchées (…) être tout d’un coup attaquées de ce mal ; ce qui arrive lorsqu’une retraite forcée les tient éloignées des occasions qui favorisaient leur fatal penchant. Les femmes mariées (…) surtout celles qui se trouvent unies à (…) un homme froid peu sensible aux délices de la jouissance. Enfin les jeunes veuves (…), surtout si la mort les a privées d’un homme fort et vigoureux. »[6] De plus, la maladie risque de s’aggraver si elles lisent des romans luxurieux ou des recueils de chansons.

B.   Le traitement préconisé par Bienville.

Le traitement de Bienville se décompose en trois parties. Il faut tout d’abord délayer et calmer le sang et pour cela, faire des saignées et des purges. Il faut également humecter et relâcher toute la face interne de la matrice et du vagin. Concrètement, il s’agit là de pratiquer quelques lavements et de mettre en place un régime alimentaire à base de légumes humectants et rafraîchissants et de fruits. Enfin, il faut « distraire la malade de ses pensées obscènes. »[7] Il revient alors aux proches de la patiente de ne pas la perdre de vue et de lui montrer les conséquences de la masturbation. La malade ne doit en effet en aucun cas se retrouver seule au risque de retomber dans son vice. C’est ainsi qu’on « ne lui permettra jamais d’être seule, sous quelque prétexte que ce puisse être, même sous celui de vaquer aux besoins naturels. »[8]

Bienville nous donne l’exemple d’une malade, fille de l’un de ses amis. Eléonore est une jeune fille « nymphomaniaque au dernier degré. Plusieurs gentilshommes du voisinage avaient échappé avec peine à ses accès de fureur (…). Quelquefois même elle s’était échappée assez loin pour faire craindre, pendant quelques jours qu’on l’avait cherchée, qu’elle ne se fût précipitée dans un des étangs. »[9] Son père l’avait fait enfermer dans une maison de force et Bienville se disposait à la soigner. Il la prit chez lui et commença donc son traitement : « elle était toujours emmaillottée la nuit, de façon à ne pouvoir porter la main sur ses parties (…), les femmes l’observaient (…) de façon à ne lui jamais donner le loisir de se livrer à aucune obscénité ; que quand elle essayait de le faire, on ne la punissait autrement qu’en lui inondant le visage (…). On lui faisait, avant d’entrer dans le bain, des injections dans le vagin, qu’on lui faisait garder (…). Jour et nuit elle avait sur les reins une plaque de plomb (…) et sur toutes les parties une flanelle (…) continuellement imbibée d’eaux émollientes. »[10] Ce traitement dura quatre mois et Eléonore fut complètement guérie d’après Bienville. Que nous montre cet exemple ? Eléonore, une jeune fille fugueuse et portée sur les plaisirs, est internée en maison de force pour préserver l’honneur de sa famille. Elle subit un traitement médical lourd et long. Comment s’étonner d’une telle « guérison » qui la met à l’abri de l’internement ou de la « cure » ?

C.   Une violente critique des maisons de force.

A l’occasion de l’exemple d’Eléonore, enfermée dans une maison de force près de Tours, Bienville se livre à une violente critique desdites maisons. L’auteur commence par dénoncer le supérieur de la maison de force qui, selon lui, pense davantage au montant de la pension qu’à la guérison de la malade. Il va même jusqu’à affirmer que « la règle, dans ces maisons impénétrables à l’humanité, est d’exiger beaucoup, et de ne rien changer à l’ordre qu’on observe indistinctement pour les malades, qui y sont traitées de façon à augmenter leur fureur et tous leurs accidents, jusqu’à ce qu’un épuisement total les jette dans l’imbécillité. »[11]

Allant lui-même chercher Eléonore dans sa maison de force, il dit avoir été saisi d’horreur à l’entrée de cette maison, « séjour de la fureur, du crime et du désespoir. »[12] Il dénonce également la nourriture donnée aux pensionnaires et « la paille pourrie et infectée »[13] qui leur tient lieu de lit.

Cet ouvrage nous permet donc, dans une étude sur le traitement de la folie, de montrer le lien étroit qui pouvait unir médecine et morale et ainsi de mieux cerner tout ce que pouvait englober le terme de « fou » dans la seconde moitié du XVIIIème siècle. Enfin, nous découvrons une critique des maisons de force dans lesquelles, selon l’auteur, les fous ne seraient pas soignés. Nous aurons l’occasion dans la seconde partie de ce mémoire de revenir sur cette question.



[1] BIENVILLE, La nymphomanie ou Traité de la fureur utérine : dans lequel on explique avec autant de clarté que de méthode, les commencements de cette cruelle maladie, dont on développe des différentes causes ; ensuite on propose des moyens de conduite dans les diverses périodes, et les spécifiques les plus éprouvés pour la curation, Paris, Office de librairie, 1886 ( conforme à l’édition de 1778 )

[2] BIENVILLE, op cit, p.20.

[3] BIENVILLE, op. cit., p.38-39.

[4] BIENVILLE, op. cit., p.23.

[5] BIENVILLE, op. cit., p.95.

[6] BIENVILLE, op. cit., p.21.

[7] BIENVILLE, op. cit., p.91.

[8] BIENVILLE, op. cit., p.96.

[9] BIENVILLE, op. cit., p.111.

[10] BIENVILLE, op. cit., p.125.

[11] BIENVILLE, op. cit., p.112.

[12] BIENVILLE, op. cit., p.116.

[13] BIENVILLE, op. cit., p.118.

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